Migrer PrestaShop 1.6 vers 8 : une reconstruction, pas une mise à jour
Entre votre PrestaShop 1.6 et une 8 ou une 9, il n'y a pas une marche : il y en a trois. Et la première, le passage en 1.7, rend votre thème inutilisable et vos modules non installables. Ce n'est pas un détail de calendrier, c'est ce qui détermine tout le projet.
Autant le dire tout de suite : une migration depuis une 1.6 se chiffre en semaines, pas en heures. En échange, on ne perd ni le catalogue, ni les clients, ni l'historique des commandes — et on récupère une boutique qu'un hébergeur acceptera encore d'héberger dans cinq ans.
Ce qui s'est passé entre 1.6 et 1.7
La 1.6 date de 2014. La 1.7, sortie fin 2016, n'a pas seulement ajouté des fonctionnalités : elle a changé le système de thème et introduit Symfony dans le back-office. Conséquences, toujours vraies aujourd'hui :
- Un thème 1.6 ne fonctionne pas en 1.7 et au-delà. Il n'existe pas de conversion automatique. La mise à jour automatique bascule d'ailleurs la boutique sur le thème par défaut, Classic — ce qui, en clair, veut dire que votre boutique change d'apparence du tout au tout.
- Les modules 1.6 ne s'installent pas. Des hooks ont disparu, d'autres sont arrivés, et le code doit être adapté. Un module d'éditeur se rachète en version 1.7+ ; un module écrit sur mesure se réécrit.
- Les overrides et les fichiers du cœur modifiés à la main ne survivent pas non plus. Ils se retrouvent, se lisent, et se décident un par un.
Puis PrestaShop 8 est arrivé en octobre 2022, dans la continuité directe de la 1.7.8, et PrestaShop 9 en juin 2025, avec Symfony 6.4 et PHP 8.1 minimum. Depuis cette date, la branche 1.7 n'est plus maintenue du tout. Quant à la 1.6, sa maintenance s'est arrêtée le 30 juin 2019.
Les deux chemins possibles
La chaîne de mises à jour : 1.6 → 1.7.8 → 8 → 9
C'est le chemin « officiel » : on enchaîne les mises à jour, une version majeure après l'autre, avec le module Update Assistant. Il fonctionne, et il a un avantage réel : les identifiants de produits, de catégories et de commandes ne bougent pas, donc les URL non plus.
Son défaut : on emporte douze ans de sédiments. Les tables orphelines des modules désinstallés, les configurations mortes, les vieilles données de connexion, les paramètres hérités de trois prestataires successifs. Chaque étape peut échouer pour une raison différente, et il faut réparer avant de passer à la suivante.
L'installation neuve et la reprise des données
On installe une 9 propre, on la construit correctement, puis on importe les données de l'ancienne : catalogue, clients, commandes, contenus. C'est le chemin que PrestaShop appelle lui-même « migration » plutôt que « mise à jour », et c'est celui que je recommande dans la majorité des cas partant d'une 1.6.
Il coûte plus cher en préparation et impose un travail sérieux sur les URL et les redirections, parce que les identifiants peuvent changer. Il donne en échange une boutique propre, dont on connaît chaque module, et qui se mettra à jour normalement pendant des années.
Le vrai critère de choix : ce n'est pas la taille du catalogue, c'est la quantité de sur-mesure. Peu d'overrides et des modules d'éditeurs ? La chaîne de mises à jour tient. Un thème unique, des modules maison, du code dans le cœur ? L'installation neuve est plus courte et plus sûre.
Ce qui se reprend, ce qui se refait
| Ce qui se reprend | Ce qui se refait |
|---|---|
| Produits, déclinaisons, prix, stocks | Le thème, entièrement |
| Catégories, marques, fournisseurs | Les modules 1.6, un par un |
| Clients, adresses, groupes | Les overrides et le code du cœur modifié |
| Commandes, factures, avoirs | Les mails transactionnels personnalisés |
| Pages CMS, transporteurs, taxes, règles de prix | La configuration des moyens de paiement |
| Les URL, si on s'en occupe explicitement | Les branchements extérieurs (ERP, caisse, flux) |
Le vrai coût est dans le sur-mesure
Sur une boutique de dix ans, la ligne la plus lourde du devis n'est presque jamais le catalogue. C'est ce qu'un prestataire précédent a écrit à la main : un dossier override/ dont plus personne ne connaît le contenu, des fichiers du cœur modifiés directement, un module maison qui synchronise les stocks avec un logiciel de gestion, une règle de remise codée en dur pour un client historique.
Ça se retrouve — on compare les fichiers de la boutique avec l'archive officielle de la même version, et tout ce qui diffère remonte à la surface. Mais chaque ligne trouvée demande ensuite une décision : on réécrit, on remplace par un module standard, ou on abandonne. Ces décisions vous appartiennent ; mon travail est de vous les présenter avec leur prix.
L'occasion de jeter
Une migration n'est pas un déménagement carton par carton. Sur une boutique de cette génération, on trouve à peu près systématiquement :
- Des produits désactivés depuis des années, qui alourdissent la base et les exports.
- Quarante modules installés, dont une douzaine réellement actifs.
- Des catégories vides, héritées d'une organisation abandonnée.
- Des comptes employés de personnes parties depuis longtemps, toujours actifs.
Trier avant de migrer coûte moins cher que migrer puis trier. C'est le seul moment où ce ménage est presque gratuit.
Ce que je vérifie avant de dire oui
Je ne chiffre pas une migration depuis une 1.6 sans avoir ouvert le back-office, listé les modules, regardé le dossier override/ et demandé son offre PHP à l'hébergeur. C'est le contenu de l'audit, et il arrive qu'il conclue autre chose qu'une migration : qu'il vaut mieux refaire la boutique, ou au contraire verrouiller la 1.6 quelques mois le temps de préparer le budget. Je vous le dirai dans ce sens-là si c'est ce que je vois.
Questions fréquentes
Peut-on mettre à jour PrestaShop 1.6 directement en 8 ?
Pas en une fois. Le chemin passe par la 1.7.8, puis 8, puis éventuellement 9 — et c'est la première marche qui coûte, puisque le passage en 1.7 rend le thème 1.6 inutilisable et les modules 1.6 non installables. L'alternative, souvent plus courte sur une vieille boutique, est d'installer une version récente propre et d'y reprendre les données.
Mon thème 1.6 sera-t-il conservé ?
Non. Il n'existe pas de conversion automatique d'un thème 1.6 vers 1.7 et au-delà : le système de thème a changé. Une mise à jour automatique bascule la boutique sur le thème Classic, c'est-à-dire une apparence entièrement différente de la vôtre. Le thème est donc à refaire, soit à partir du Classic, soit à partir d'un thème acheté récent, soit sur mesure.
Vais-je perdre mes clients, mes commandes, mon historique ?
Non, tout cela se reprend : produits, déclinaisons, catégories, clients, adresses, commandes, factures, avoirs, transporteurs, taxes et pages CMS. C'est la partie mécanique du travail, et c'est celle qui se passe le mieux. Ce qui se perd, si personne ne s'en occupe, ce sont les personnalisations : thème, modules, code écrit à la main.
Mes URL vont-elles changer ?
Cela dépend du chemin choisi. En enchaînant les mises à jour, les identifiants ne bougent pas, donc les URL non plus. En repartant d'une installation neuve, les identifiants peuvent changer : il faut alors établir une table de correspondance et poser des redirections 301, ligne à ligne. C'est prévu dans le projet, ce n'est pas une option qu'on ajoute après coup.
Combien de temps une migration depuis 1.6 prend-elle ?
Comptez en semaines, pas en jours. Le catalogue et les clients se reprennent vite ; ce sont le thème, les modules et le code sur-mesure qui font le calendrier. Une boutique avec un thème acheté standard et quinze modules d'éditeurs connus est un projet très différent d'une boutique avec un thème unique et un module maison branché sur un logiciel de gestion.
Ne vaut-il pas mieux changer complètement de plateforme ?
C'est une question légitime, et la réponse dépend de votre activité, pas de la mode. Si votre boutique vit de son catalogue, de ses règles de prix, de ses transporteurs et de son historique, PrestaShop reste cohérent et la migration protège ce que vous avez construit. Si vous vendez trois produits et que l'essentiel se joue ailleurs, une boutique PrestaShop complète est peut-être disproportionnée. Je le dis quand je le pense.